Géothermie aux Açores, un exemple à suivre à la Caraïbe?

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DIRECTION LES AÇORES ! 

Après un voyage au large du Portugal (archipel des Açores), je réalise cet article pour diriger nos projecteurs sur l’île de São Miguel en pleine transition énergétique. L’archipel est constitué de neuf îles volcaniques au milieu de l’Atlantique, à deux heures d’avion de Lisbonne.

Sa particularité géologique et son emplacement en climat subtropical font de São Miguel une destination de rêve perdue au milieu de l’océan. Bons nombres de réserves naturelles que j’y ai visité m’ont donné l’impression d’être le nouvel Indiana Jones. Un vrai privilège !

Voyage 3 en 1 :

  • Partir à la découverte de l’inconnu
  • Profiter de la nature (végétation luxuriante ; volcans ; sources chaudes >40°C)
  • Valoriser la production d’électricité locale à partir du volcan Fogo (Géothermie)

Les habitants de São Miguel ont fait un énorme pas vers l’autosuffisance énergétique. La production électrique locale est basée en grande partie sur la Géothermie. Cette énergie est maîtrisée par une société locale : EDA RENOVAVEIS, qui m’a fait l’honneur de me recevoir quand je me suis présenté à eux. Je tiens d’ailleurs à les remercier pour cela !

Je partage mon résumé suite à quelques interviews à la volée ; la visite guidée d’usines géothermiques et la découverte des manifestations naturelles de l’activité géothermique en surface.

Quels sont les points communs que partagent l’archipel des Açores avec celui des Petites Antilles?
Que retenir de cette île qui n’est plus qu’à quelques pas de l’autosuffisance énergétique ?
Quelles sont leurs perspectives d’avenir ?

SÃO MIGUEL, EN BREF

Avec ses 150 000 habitants pour 745 Km2, São Miguel est une île à peine visible sur les Map Monde. Qu’à cela ne tienne! Cette île fait déjà partie des pionniers maitrisant les énergies renouvelables. Grâce à la production d’électricité issue de leur volcan « Fogo », São Miguel a une longueur d’avance considérable dans la ruée vers la Transition Énergétique.

ACTIVITÉ VOLCANIQUE INTENSE
(SOURCE D’ÉNERGIE ILLIMITÉE)

L’exploitation du potentiel géothermique à São Miguel est possible grâce à l’activité volcanique intense dans la région. L’archipel est situé sur la dorsale médio-atlantique. Les neuf îles constituant l’archipel des Açores sont des édifices volcaniques pouvant s’élever jusqu’à 2 351 mètres d’altitude. Cette condition naturelle permet le développement de la géothermie à très haute enthalpie. Si vous avez lu mes articles précédents au sujet des types d’énergies vertes, alors vous connaissez les vertus de la géothermie (dans le cas contraire, rendez-vous ici).   Cette perle pour une Transition Énergétique réussie est une énergie de base disponible 7j/7, 24h/24, indépandament des conditions météorologiques.

DEMANDE ÉNERGÉTIQUE À SATISFAIRE
(CONSOMMATION D’ÉNERGIE)

Avec près de 150 000 habitants, on comprend que les besoins énergétiques de l’île de São Miguel n’équivalent pas ceux d’une île telle que la Martinique et ses 385 551 habitants. Néanmoins, la demande énergétique est réelle.
L’île est confrontée à quelques problématiques majeures, identiques à celles rencontrées aux Antilles :

  • Zone insulaire faite d’îles non interconnectées (Zones Non Interconnectées – ZNI)
  • Forte dépendance énergétique : tributaire de l’importation d’hydrocarbure
  • Économie locale soumise aux variations des cours du baril de pétrole
  • Infrastructures coûteuses pour l’approvisionnement en énergie

Début des années 70
LE DÉBUT DU SUCCÈS !

ÉVOLUTION EN UN DEMI SIÈCLE

Cette réussite ne s’est pas réalisée du jour au lendemain. La découverte du potentiel géothermique date des premières campagnes d’exploration au début des années 70.

Aujourd’hui, deux centrales géothermiques installées sur le flanc Nord du volcan Fogo produisent 23 MW (Ribeira Grande-13 MW & Pico Vermelho-10 MW). Soit pas loin de 45% des besoins énergétiques de la population. Un franc succès !

PERSPECTIVES D’AVENIR

Avec un tel succès, le gouvernement des Açores ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. D’ici 2020, la part des énergies renouvelables dans tout l’archipel pourrait atteindre les 60%. C’est la Géothermie qui occupera une place prépondérante dans le mix énergétique visé.

À São Miguel, une augmentation de la puissance géothermique de 5 MW est prévu. En ce qui concerne l’île voisine (Terceira), la construction d’une usine géothermique de 3,5 MW est en cours. Dans l’idéal, ces deux îles auraient assuré l’approvisionnement énergétique des îles voisines (plus petites), mais un tel projet relèverait de la prouesse technique. Un tel projet n’est pas à l’ordre du jour.

EXLOITATION DE LA GÉOTHERMIE :
MODÈLE CONCEPTUEL

L’eau contenue dans un réservoir fracturé à environ 2 Km de profondeur est naturellement chauffée au voisinage des chambres magmatiques (environ 200°C). L’eau chaude est ramenée à la surface à l’aide d’un puits de production. L’eau récupérée représente un vecteur transportant la chaleur depuis les profondeurs de la Terre vers la surface. La chaleur de la vapeur d’eau est exploitée dans le “Heat Exchanger” afin de transférer cette chaleur vers un autre fluide (“working fluide”, le pentane) qui réagit rapidement suite aux variations de températures. À haute température, le pentane se vaporise en exerçant la pression nécessaire sur la turbine pour permettre sa rotation. Cette rotation est essentielle pour générer l’électricité. L’eau chaude extirpée des profondeurs se refroidi (environ 90°C) et est ensuite réinjectée dans les formations géologiques. On parle ici de recyclage.

Sur la photo ci-dessous, je me trouve devant le puits n°4 qui alimente la centrale de  Pico-Vermelho basée à quelques centaines de mètres :

GÉOTHERMIE, 3 PRINCIPAUX CHALLENGES :

  • Acceptation par la population :

    C’est bien connu, l’inconnu fait peur! La géothermie se répand de plus en plus dans le monde au fil des années. Néanmoins, elle reste très méconnue du grand public. (Pour vous qui lisez mes articles, ce n’est évidemment pas votre cas !). De plus, il peut arriver que l’exploitation de la géothermie puisse être liée à la sismicité. À São Miguel, la zone étant naturellement sujette à une sismicité liée à son emplacement en limite de plaques tectoniques, il est difficile de lier directement l’exploitation de la géothermie à la sismicité.

  • Exploitation en environnements naturels préservés

Il existe bons nombres de zones protégées sur l’île de São Miguel. De plus, la plupart des zones à fort gradient géothermique sont caractérisées par des manifestations géologiques qui font la beauté du paysage (sources chaudes).

Les sources chaudes, sont une source d’attraction pour les touristes contribuant fortement à l’économie locale. Il est difficile de concevoir une usine Géothermique en zone protégée ou touristique. Bien que le développement de la géothermie soit une valeur sûre pour les habitants de São Miguel, l’emplacement des usines doit être choisi avec précautions.

  • Financements

    La géothermie étant méconnue du grand public, il peut être assez difficile de trouver des investisseurs pour élaborer de tels projets colossaux à l’échelle des îles. Le risque financier est directement associé aux incertitudes géologiques existantes à quelques kilomètres de profondeur.

HARMONIE
EXPLOITATION DE LA GÉOTHERMIE
&
ÉCOLOGIE

Peut-on concilier une production énergétique de façon industrielle avec la préservation de l’environnement ? La réponse est évidemment OUI ! La géothermie développée à São Miguel en est l’exemple. Le développement des espèces endémiques, constituant la végétation luxuriante aux alentours même des usines géothermiques, sont des indicateurs confortant l’idée que l’exploitation de cette énergie est saine et éco-responsable.

GÉOTHERMIE : BÉNÉFICES SUR 4 TABLEAUX

Économique

-Réaliser des économies sur l’importation de produits pétroliers (38 000 Tonnes en 2015)
-Utiliser une ressource énergétique locale disponible 7j/7, 24h/24
Renforcer le système économique local. Acheter des matières premières étrangères correspond à un passif. En produisant leur propre énergie géothermique, les habitants se sont constitués un actif

Stratégique

-Développer la diversification des sources d’énergies
-Grand pas vers l’autosuffisance énergétique (44% des besoins énergétiques à São Miguel était couverts par la Géothermie en 2015)
Protéger les Açores des facteurs incontrôlables tels que les variations des prix du baril de pétrole et des fluctuations des taux de change avec le Dollar Américain
Améliorer la reconnaissance des Açores à travers le monde. L’exposition de leur exploit sur CaribbeanGreenEnergy.com en est la preuve

Environnemental

Contribuer à la réduction des émissions des gaz à effet de serres. La production électrique provenant de la géothermie à São Miguel a permis d’éviter les rejets de 146 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2015
Réduire la combustion de matières premières (charbon, pétrole ou gaz naturel)
-Les usines géothermiques sont en parfaite harmonie avec la nature

Social

Créer de l’emploi dans un secteur d’activité à la pointe de la technologie
-Développer des compétences techniques à l’échelle locale.

AÇORES Vs. ANTILLES :
POINTS COMMUNS ET DIVERGENCES

 

Vous l’aurez compris, la situation énergétique aux Açores présente beaucoup de similitudes avec celle de l’arc des Antilles Orientales. Leur évolution au cours de ces 50 dernières années est spectaculaire et il y a beaucoup  à retenir de leur progression. Notamment vis-à-vis du développement de la Géothermie leur permettant d’atteindre un niveau d’indépendance énergétique significatif.

Est-il possible de recopier leur modèle à la Caraïbe ? Probablement pas à la lettre au vu des divergences. À titre d’exemple, il existe une cohésion nationale aux Açores. Ce qui crée une certaine synergie dans l’archipel. Un projet de développement d’usine géothermique sur la deuxième île la plus importante de l’archipel (Terceira) voit le jour actuellement. L’avancée du projet à Terceira est facilitée par l’expertise acquise à São Miguel. À l’inverse, plusieures nations siègent aux Antilles Orientales, entre autres : la Dominique, la Guadeloupe, St. Lucie, la Martinique, St Kitts & Nevis, les Îles Grenadines etc..). Cet aspect international correspondant, selon moi, à une force.

Autre point important, la population dans les îles des Petites Antilles est plus importante, et ses habitudes de consommation sont beaucoup plus énergivores que celles existantes aux Açores.

Malgré ces divergences, le modèle énergétique de l’archipel des Açores est très proche du modèle à développer aux Antilles Orientales. Il est donc logique de leur attribuer un article entièrement dédié sur Caribbean Green Energy.

Merci à HaniaThiagoMaria et Mr. Carlos BdP  qui ont fait de ce petit voyage une très belle aventure !

Merci de m’avoir lu!

Stay Tuned !

Wilfried

4 Commentaires

  1. Guen

    Merci pour cet article car il est vraiment très intéressant !
    J’ai une question :
    La géothermie à Sao Miguel couvre, certes, près de 50% des besoins en énergie… mais pour 150 000 “Sao Miguellois” seulement ! Augmenter la puissance des centrales geothermiques est également un défi majeur sur le plan technique et, certes, une source potentielle de nouveaux emplois. Penses -tu néanmoins que les économies envisagées, sur l’importation des barils de pétrole par exemple, face aux coûts que demandent l’installation et l’entretien de centrales comme celle de Sao Miguel valent quand même le coup de se lancer dans l’exploitation de l’énergie géothermique (et a fortiori dans le contexte économique actuel) ?

    Répondre
    1. Wilfried Bero (Auteur de l'article)

      Salut Guen!
      Merci pour ton commentaire. C’est d’ailleurs une excellente question. Cela dépend en majeure partie de la situation démographique et la demande énergétique associée. À Sao Miguel, les 150 000 habitants et leurs habitudes de consommation justifient le développement d’un tel projet – dans le sens où il est économiquement viable. Si bien que l’île voisine (Terceira) s’y met également – une île avec moins de 60 000 habitants d’après mes informations.
      En revanche, dans ce même archipel des Açores, ce type de projet ne pourra pas voir le jour sur les plus petites îles en raison d’une population/demande énergétique faible. Surtout que les habitants qui y vivent ne sont pas du type à vouloir illuminer une tour Eiffel en pleine nuit. Pour ces plus petites îles, l’importation de pétrole sera plus rentable.
      Suite à ma conversation avec un électricien basé dans la centrale géothermique de Ribeira Grande, j’ai appris que les coûts liés à la maintenance seraient tout sauf mirobolants. C’est ce que j’ai pu constater en faisant mes recherches sur la toile. Bien que je dois reconnaitre que les investissements au départ peuvent être conséquents.
      Il est aussi important de considérer le point suivant, qui selon moi pèse beaucoup sur la balance : la valeur de l’autosuffisance permettant de se mettre à l’abri des facteurs externes. Sans oublier le fait de consommer une énergie plus “propre” en accord avec les impératifs fixés par la COP 21.

      Répondre
  2. Guen

    Oui, je dois reconnaître qu’en faisant des investissements conséquents au départ MAIS pour des projets viables, on y gagne en général au change sur le long terme… En tout cas, ça a l’air de valoir le coup !
    Très belle vidéo, au passage ! Merci de nous faire découvrir les Açores sous un autre aspect et en allant au delà des clichés touristiques ! ça fait du bien au cerveau et on rêve déjà d’y être ! 😉

    Répondre
    1. Wilfried Bero (Auteur de l'article)

      Merci beaucoup Guen!
      Tout le plaisir est pour moi 😉

      Répondre

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